COVID-19: LE POINT SUR LE TRAITEMENT À BASE DE CHLOROQUINE.

L’hydroxychloroquine est un médicament disponible depuis environ 60 ans et indiqué pour le traitement de certaines maladies articulaires d'origine inflammatoire, telles que la polyarthrite rhumatoïde, ou d'autres maladies telles que le lupus ou en prévention des lucites ( ou photodermatose : terme générique désignant toute dermatose secondaire à l'exposition solaire). - Une étude récente documente l’activité in vitro de l’hydroxychloroquine sur le SARS-CoV- 2 (nCoV 2019). Les données cliniques disponibles pour sous-tendre l’utilisation de l’hydroxychloroquine dans l’infection au virus SARS-CoV-2 sont détaillées infra. Le schéma à évaluer dans le COVID-19 est difficile à établir. Une dose de 600 mg par jour pendant 10 jours a été évaluée dans l’étude décrite infra.

ATTENTION AUX EFFETS SECONDAIRES

Dans le cadre de son libellé d’autorisation de mise sur le marché (AMM), il est rapporté que l’hydroxychloroquine peut provoquer des hypoglycémies sévères et entraîner des anomalies ou une irrégularité du rythme cardiaque pouvant engager le pronostic vital. Ces anomalies sont visibles à l’électrocardiogramme (ECG). Les effets indésirables les plus fréquents sont des troubles digestifs (douleurs abdominales, nausées, diarrhées, vomissements), des maux de tête, une vision floue, et des éruptions cutanées. Des effets indésirables ont été rapportés notamment lors de l’utilisation au long cours de l’hydroxychloroquine chez les patients atteints d’affections rhumatologiques ou dermatologiques (notamment des atteintes de la rétine ou des cardiomyopathies). Ce médicament comporte des contre-indications notamment en cas d’association à d’autres médicaments et des mises en garde et implique des mesures contraceptives qui sont détaillées dans le résumé des caractéristiques du produit et la notice, accessibles via la base de données du médicament. Il est souligné dans ces éléments qu’un surdosage peut entraîner des effets indésirables graves pouvant mettre en jeu le pronostic vital.

DONNÉES DES ESSAIS CLINIQUES

Dans une étude observationnelle, 26 patients hospitalisés pour COVID-19 confirmée par une PCR SARS-CoV-2 (test virologique permettant de mettre en évidence la présence du coronavirus) positive sur un prélèvement nasopharyngé ont reçu un traitement par hydroxychloroquine à la dose de 600 mg/j pendant 10 jours (parmi lesquels 6 patients avaient également reçu de l’azithromycine). Les résultats de six de ces malades n'ont pas été analysés (3 ont été admis en réanimation, 1 est décédé, 2 ont arrêté le traitement dont un pour effet indésirable). Le critère de jugement était la négativation de la PCR SARS-CoV-2 sur les prélèvements respiratoires. Après 6 jours de traitement, 8 des 14 patients traités par hydroxychloroquine seule avaient une PCR SARS-CoV-2 négative et 6 des 6 patients ayant reçu également de l'azithromycine avaient une PCR SARS-CoV-2 négative, ce qui a fait conclure à un taux global de négativation de la PCR à J6 sous hydroxychloroquine de 70 % (14/20). Chez 16 patients hospitalisés pour COVID- 19 dans le même centre hospitalier et d'autres centres hospitaliers mais n'ayant pas reçu d'hydroxychloroquine, le taux de négativation de la PCR SARS-CoV-2 à J6 était de 12 %. Les auteurs concluent que le traitement par hydroxychloroquine est associé à une réduction/disparition de la charge virale SARS-CoV-2 chez des patients COVID-19 et que cet effet est renforcé par l'azithromycine.

DE BONS RÉSULTATS MAIS INSUFFISANTS COMME PREUVE

Ces résultats exploratoires doivent être considérés avec prudence en raison du faible effectif de l’étude, incluant en partie des patients asymptomatiques, de l’absence de bras témoin, du critère de jugement uniquement virologique (pas de données cliniques). Ils ne permettent pas de conclure à l'efficacité clinique de l'hydroxychloroquine ou de l'association hydroxychloroquine + azithromycine, mais demandent à être confirmés (ou infirmés). En effet, ils s'intègrent dans le corpus de données précliniques qui justifient la poursuite de la recherche clinique.

De plus, il n’existe actuellement pas de données permettant d’envisager l’utilisation hors protocole de l’hydroxychloroquine en prophylaxie du COVID-19. En raison des très fortes réserves sur l’utilisation de l‘hydroxychloroquine liées au très faible niveau de preuve, tous les moyens nécessaires doivent être mobilisés pour la réalisation d’essai démonstratif. Dans l’attente, une analyse urgente des 30 à 50 premiers patients traités par hydroxychloroquine ou lopinavir/ritonavir dans la cohorte French COVID-19 selon un schéma standardisé constituera une étude exploratoire additionnelle, pour mieux encadrer l’utilisation de ces médicaments pour le traitement de l’infection à SARS-CoV-2.

Il est nécessaire de prendre en considération, en cas d’utilisation de ces médicaments pour le traitement non encadré de tous les cas de COVID-19 confirmés ou présumés, le risque qu’une tension en approvisionnement ferait courir aux patients traités au long cours pour d’autres pathologies.

Sources: Avis rédigé par un groupe d’experts, membres ou non du Haut Conseil de la santé publique (FRANCE ). Validé le 23 mars 2020 par le président du Haut Conseil de la santé publique ( FRANCE )

S. ABDOULAYE SOW (D1 MÉDECINE )

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